En lisant mon Télérama hebdomadaire, j'ai souri aux commentaires présentant chaque étape du Tour de France, qui débute samedi. Exemple, pour le Prologue : «C'est beau, un peloton qui s'ébroue dans les embruns. Bienvenue en Vendée pour le départ du grand calvaire, pardon, de la grande boucle. 3430,5 km, 21 étapes et des véhicules sans moteur. Chouette.»
Oui, à la première lecture j'ai souri, car c'est bien écrit et assez ironique. Et puis en y réfléchissant, je me suis dit que ce n'était pas la première fois que je lisais un tel commentaire sur du sport dans ce magazine. C'est un peu une habitude chez eux de railler tout ce qui touche aux différentes compétitions sportives diffusées sur les multiples chaînes de télévision, et tous ceux qui aiment les suivre. Et en y réfléchissant un peu plus, j'ai trouvé ça limite vexant, et je me suis senti attaqué dans ma nature de sportif... cultivé. Car n'en déplaise à ces chers journalistes de Télérama, magazine que j'apprécie par ailleurs lorsqu'il ne se la joue pas trop intellectuel-bobo, on peut tout à la fois aimer le sport et les arts. Rien ne s'y oppose. En tout cas chez moi.
Je lis Dostoïevski et je regarde des Grands Prix de F1, je suis ému à la fois par le Requiem de Mozart et par un 100 m d'Usain Bolt, je suis aussi à l'aise dans un musée que dans un stade de foot, je suis abonné à Télérama et manque rarement un numéro de L'Equipe Magazine...
Mais tout ceci a commencé très jeune. Quand j'étais petit, on m'opposait, moi le sportif, à mon frère, l'intello. Il prenait des cours de piano et moi de tennis, alors forcément... Cela a continué, plus tard. Même si j'étais loin d'être un mauvais élève, je n'ai jamais été de son niveau, mais je continuais à jouer au tennis ! En "vieillissant", nous nous sommes équilibrés lui et moi, je me suis "cultivé", il s'est "musclé"... Et aujourd'hui, c'est lui qui est inscrit dans une salle de sport et c'est moi qui traîne dans les musées ! Comme quoi...
Comme quoi cette dichotomie est stupide, un peu comme celle qui veut que les garçons jouent aux petites voitures et les filles à la poupée. Je revendique donc haut et fort ma culture artistique et sportive ! Et je crie Vive l'éclectisme, à bas les préjugés ! Mais je reste quand même abonné à Télérama, même s'ils craignent parfois, faut pas déconner...
jeudi 30 juin 2011
dimanche 5 juin 2011
La Conquête
C'est l'histoire d'un mec, Nicolas S., qui depuis trente ans ne pense qu'à une seule chose : devenir Président de la République. De 2002 à 2007, du ministère de l'Intérieur à celui du Budget, en passant par le QG de l'UMP, l'ancien maire de Neuilly va peu à peu tisser la toile qui va le porter jusqu'aux plus hautes fonctions de l'Etat. Mais, alors que sa vie professionnelle resplendit, sa vie personnelle tourne au désastre...
Il est rare que le cinéma français s'attaque à la politique. Il est encore plus rare (unique ?) que la fiction évoque un président encore en exercice. Certes, La Conquête ne raconte pas le quinquennat de Nicolas Sarkozy mais comment il est arrivé à l'Elysée. Il n'empêche, un tel vent de fraîcheur, et une telle "insolence", font plaisir à voir. Pendant près de deux heures, Xavier Durringer, connu jusqu'ici pour... pas grand-chose (J'irai au paradis car l'enfer est ici, Chok Dee) nous fait pénétrer dans les coulisses du pouvoir, ses grandes manoeuvres et ses petites phrases assassines, ses alliances et ses trahisons. Et il nous raconte comment le "nabot", comme le surnomment tour à tour Jacques Chirac et Dominique de Villepin, a conquis la France, en même temps qu'il a perdu sa femme.
Face à lui, Sarkozy affronte donc Chirac et de Villepin. De nombreux rendez-vous à l'Elysée, ou déjeuners avec de Villepin émaillent le film. L'occasion pour les différents protagonistes de cette comédie humaine de se dire en face, ou pas, ce qu'ils pensent les uns des autres. Ces scènes sont souvent drôles, notamment grâce aux dialogues incisifs, au sens de la répartie de Sarkozy, et à la savoureuse interprétation des comédiens.
A ses côtés, le "candidat" possède sa garde rapprochée, ses fameux Sarkoboys, avec au premier rang Claude Guéant, l'ami de longue date, toujours présent même quand il reste silencieux, Frédéric Lefebvre ou Pierre Charon. Au milieu de ce bloc de testostérone, une femme arrive tout de même à se démarquer, Rachida Daty. Et tout ce groupe travaille sans cesse à construire l'image de Sarkozy, très souvent bien différente de ce qu'il est en réalité.
Et encore plus près de Nicolas, il y a sa femme, Cécilia. Sa première conseillère, comme il l'appelle. Mais, lassée par toutes les obligations de représentations qu'impose la conquête du pouvoir, blessée par la manière dont son mari la traite parfois, elle va peu à peu se détourner de lui. C'est là le principal ressort dramatique du film : en même temps que Nicolas se rapproche du sommet, Cécilia, séduite par un publicitaire, Richard Atias, qui lui offre une vie différente, plus discrète, disparaît.
Un carton l'annonce au début du film : même si certains personnages et certains dialogues sont réels, La Conquête est une oeuvre de fiction. C'est ce qui fait à la fois la force et la faiblesse du film. Car entre réalité et fiction, la frontière est parfois difficile à déterminer, et on ne sait jamais vraiment si ce qu'on regarde, ce qu'on entend est vrai ou pas. Sur certaines scènes, abondamment relayées par les médias à l'époque, le doute n'est pas permis. Pour d'autres, ce n'est pas le cas. Notamment tout ce qui concerne la rupture avec Cecilia, qui affecte réellement Sarkozy dans le film. Etait-ce également le cas dans la vraie vie, ou bien est-ce un parti-pris du film pour rendre le personnage plus romanesque, attachant ?
Du coup, on ressort avec une impression bizarre, notamment à propos de Sarkozy. Tour à tour odieux, cynique, drôle, blessé, mais toujours combatif, franc et direct, le personnage nous apparaît terriblement... humain. Bien loin de l'image qu'on a de lui, en fait. Moi qui pensais voir un film anti-Sarko, c'est plutôt le contraire qui m'est offert, et j'ai fini par avoir presque de l'empathie pour lui. Au contraire, de Villepin, qui apparaît comme totalement obsédé par "le nabot", est assez détestable. Mielleux, hypocrite, il est bien loin de sa hauteur d'âme et d'esprit qui transparaît publiquement. Quant à Chirac, sa relation avec Sarkozy est étrange. On sent bien qu'il ne sait pas comment s'y prendre avec lui. L'ambition et les manières de celui qui l'a trahi pour Balladur l'exaspèrent, mais d'un autre côté, il sait bien qu'il est le seul capable de lui succéder. Il se méfie mais finit par lui céder tous les outils afin qu'il devienne président. Il l'adoube, sans jamais le lui dire en face...
Un dernier mot, pour conclure, sur l'interprétation de Denis Podalydès. Dès la première scène, par sa démarche, on voit Nicolas Sarkozy. Il parvient à incarner le président sans jamais le caricaturer, que ce soit dans sa voix, sa posture, ses tics... Une performance du même accabit que celle de Xavier Demaison dans Coluche, ou Eric Elmosnino dans Gainsbourg. Et une raison de plus pour apprécier ce film...
Il est rare que le cinéma français s'attaque à la politique. Il est encore plus rare (unique ?) que la fiction évoque un président encore en exercice. Certes, La Conquête ne raconte pas le quinquennat de Nicolas Sarkozy mais comment il est arrivé à l'Elysée. Il n'empêche, un tel vent de fraîcheur, et une telle "insolence", font plaisir à voir. Pendant près de deux heures, Xavier Durringer, connu jusqu'ici pour... pas grand-chose (J'irai au paradis car l'enfer est ici, Chok Dee) nous fait pénétrer dans les coulisses du pouvoir, ses grandes manoeuvres et ses petites phrases assassines, ses alliances et ses trahisons. Et il nous raconte comment le "nabot", comme le surnomment tour à tour Jacques Chirac et Dominique de Villepin, a conquis la France, en même temps qu'il a perdu sa femme.
Face à lui, Sarkozy affronte donc Chirac et de Villepin. De nombreux rendez-vous à l'Elysée, ou déjeuners avec de Villepin émaillent le film. L'occasion pour les différents protagonistes de cette comédie humaine de se dire en face, ou pas, ce qu'ils pensent les uns des autres. Ces scènes sont souvent drôles, notamment grâce aux dialogues incisifs, au sens de la répartie de Sarkozy, et à la savoureuse interprétation des comédiens.
A ses côtés, le "candidat" possède sa garde rapprochée, ses fameux Sarkoboys, avec au premier rang Claude Guéant, l'ami de longue date, toujours présent même quand il reste silencieux, Frédéric Lefebvre ou Pierre Charon. Au milieu de ce bloc de testostérone, une femme arrive tout de même à se démarquer, Rachida Daty. Et tout ce groupe travaille sans cesse à construire l'image de Sarkozy, très souvent bien différente de ce qu'il est en réalité.
Et encore plus près de Nicolas, il y a sa femme, Cécilia. Sa première conseillère, comme il l'appelle. Mais, lassée par toutes les obligations de représentations qu'impose la conquête du pouvoir, blessée par la manière dont son mari la traite parfois, elle va peu à peu se détourner de lui. C'est là le principal ressort dramatique du film : en même temps que Nicolas se rapproche du sommet, Cécilia, séduite par un publicitaire, Richard Atias, qui lui offre une vie différente, plus discrète, disparaît.
Un carton l'annonce au début du film : même si certains personnages et certains dialogues sont réels, La Conquête est une oeuvre de fiction. C'est ce qui fait à la fois la force et la faiblesse du film. Car entre réalité et fiction, la frontière est parfois difficile à déterminer, et on ne sait jamais vraiment si ce qu'on regarde, ce qu'on entend est vrai ou pas. Sur certaines scènes, abondamment relayées par les médias à l'époque, le doute n'est pas permis. Pour d'autres, ce n'est pas le cas. Notamment tout ce qui concerne la rupture avec Cecilia, qui affecte réellement Sarkozy dans le film. Etait-ce également le cas dans la vraie vie, ou bien est-ce un parti-pris du film pour rendre le personnage plus romanesque, attachant ?
Du coup, on ressort avec une impression bizarre, notamment à propos de Sarkozy. Tour à tour odieux, cynique, drôle, blessé, mais toujours combatif, franc et direct, le personnage nous apparaît terriblement... humain. Bien loin de l'image qu'on a de lui, en fait. Moi qui pensais voir un film anti-Sarko, c'est plutôt le contraire qui m'est offert, et j'ai fini par avoir presque de l'empathie pour lui. Au contraire, de Villepin, qui apparaît comme totalement obsédé par "le nabot", est assez détestable. Mielleux, hypocrite, il est bien loin de sa hauteur d'âme et d'esprit qui transparaît publiquement. Quant à Chirac, sa relation avec Sarkozy est étrange. On sent bien qu'il ne sait pas comment s'y prendre avec lui. L'ambition et les manières de celui qui l'a trahi pour Balladur l'exaspèrent, mais d'un autre côté, il sait bien qu'il est le seul capable de lui succéder. Il se méfie mais finit par lui céder tous les outils afin qu'il devienne président. Il l'adoube, sans jamais le lui dire en face...
Un dernier mot, pour conclure, sur l'interprétation de Denis Podalydès. Dès la première scène, par sa démarche, on voit Nicolas Sarkozy. Il parvient à incarner le président sans jamais le caricaturer, que ce soit dans sa voix, sa posture, ses tics... Une performance du même accabit que celle de Xavier Demaison dans Coluche, ou Eric Elmosnino dans Gainsbourg. Et une raison de plus pour apprécier ce film...
vendredi 18 février 2011
Black Swan
C'est l'histoire d'un mec... Euh non, pour une fois, c'est l'histoire d'une fille, Nina, danseuse au New York City Ballet. Après des années passées dans un relatif anonymat, elle est choisie pour incarner le rôle principal du Lac des Cygnes. Parfaite en cygne blanc, elle est en revanche beaucoup trop réservée pour jouer le cygne noir. Face à la pression de son metteur en scène, de sa mère, et d'une autre danseuse, Nina va commencer à perdre la raison. La belle poupée de porcelaine va peu à peu se fissurer, pour laisser place à...
Ceux qui connaissent la filmographie de Darren Aronofsky (Pi, Requiem for a dream, The Fountain, The Wrestler) savent de quoi le bonhomme est capable avec une caméra. Avec Black Swan, le réalisateur américain démontre encore tout son talent. Il arrive vraiment à vous immerger dans son univers en seulement quelques plans. Ici, il met sa dextérité au service d'une entreprise loin d'être évidente : un thriller psychologique dans le milieu de la danse classique. Sur le papier, le sujet n'est pas forcément alléchant. Mais dans les faits, c'est passionnant. De la même manière qu'il avait filmé le catcheur Mickey Rourke, il filme la danseuse Natalie Portman au plus près, il danse autour d'elle. Mais contrairement aux frères Dardenne, avec Aronofsky, qui dit caméra à l'épaule ne dit pas forcément maladie de Parkinson.
Dès la première scène, on est littéralement happé par l'écran, on pénètre au coeur d'un pas de deux fantasmagorique, et pendant presque deux heures on ne va plus quitter Natalie Portman des yeux. L'actrice, qui livre ici une de ses plus belles partitions, est en effet de presque toutes les scènes. Tour à tour vibrante, rayonnante, hésitante, excitante, terrifiée et terrifiante, elle est l'héroïne du film, dans tous les sens du terme, tellement elle rend le spectateur "accro". Elle se transforme sous nos yeux, nous entraînant avec elle dans cette descente aux enfers, entre réalité et fantasme. On est heureux pour elle, on a peur pour elle, on souffre pour elle...
Portman est de plus entourée de seconds rôles tous excellents (sa mère, le metteur en scène, sa rivale), autant de personnages qui gravitent autour de la danseuse étoile, autant d'influences qui vont à la fois provoquer et subir sa transformation. Car la petite fille trop douce et réservée va peu à peu dévoiler une autre facette de sa personnalité. Le cygne noir qui se cachait bien profondément en elle va naître et s'envoler, pour permettre à Nina d'aller au bout de sa quête, jusqu'à la (destruction ?) perfection...
Ceux qui connaissent la filmographie de Darren Aronofsky (Pi, Requiem for a dream, The Fountain, The Wrestler) savent de quoi le bonhomme est capable avec une caméra. Avec Black Swan, le réalisateur américain démontre encore tout son talent. Il arrive vraiment à vous immerger dans son univers en seulement quelques plans. Ici, il met sa dextérité au service d'une entreprise loin d'être évidente : un thriller psychologique dans le milieu de la danse classique. Sur le papier, le sujet n'est pas forcément alléchant. Mais dans les faits, c'est passionnant. De la même manière qu'il avait filmé le catcheur Mickey Rourke, il filme la danseuse Natalie Portman au plus près, il danse autour d'elle. Mais contrairement aux frères Dardenne, avec Aronofsky, qui dit caméra à l'épaule ne dit pas forcément maladie de Parkinson.
Dès la première scène, on est littéralement happé par l'écran, on pénètre au coeur d'un pas de deux fantasmagorique, et pendant presque deux heures on ne va plus quitter Natalie Portman des yeux. L'actrice, qui livre ici une de ses plus belles partitions, est en effet de presque toutes les scènes. Tour à tour vibrante, rayonnante, hésitante, excitante, terrifiée et terrifiante, elle est l'héroïne du film, dans tous les sens du terme, tellement elle rend le spectateur "accro". Elle se transforme sous nos yeux, nous entraînant avec elle dans cette descente aux enfers, entre réalité et fantasme. On est heureux pour elle, on a peur pour elle, on souffre pour elle...
Portman est de plus entourée de seconds rôles tous excellents (sa mère, le metteur en scène, sa rivale), autant de personnages qui gravitent autour de la danseuse étoile, autant d'influences qui vont à la fois provoquer et subir sa transformation. Car la petite fille trop douce et réservée va peu à peu dévoiler une autre facette de sa personnalité. Le cygne noir qui se cachait bien profondément en elle va naître et s'envoler, pour permettre à Nina d'aller au bout de sa quête, jusqu'à la (destruction ?) perfection...
jeudi 13 janvier 2011
Somewhere
C'est l'histoire d'un mec, Johnny Marco, acteur célèbre, qui végète entre deux films dans le célèbre hôtel Marmont à Los Angeles. Entre soirées alcoolisées, nuits débridées, et quelques activités promotionnelles, il regarde le temps passer. Séparé de sa femme, il va devoir s'occuper de sa fille, Cleo, 11 ans, pendant quelques jours, et va retrouver à son contact le fil de sa vie.
Sofia Coppola, acte IV. Après Virgin Suicides, Lost in translation et Marie-Antoinette, la réalisatrice la plus branchée d'Hollywood nous livre son quatrième opus. Et à mon grand regret, c'est le plus mauvais. D'ailleurs, je me demande si je vais me déplacer pour le prochain, car plus ça va, moins ça va. J'avais adoré Virgin, beaucoup aimé Lost, moyennement aimé M-A, et là je me suis bien emmerdé pendant un peu plus d'1h30. Coppola filme l'ennui et nous ennuie, elle n'a rien à dire, et lorsqu'elle dit quelque chose, c'est grossièrement.
Alors certes, la musique (de son chéri Phoenix) est belle, l'image est belle, la vie est belle aussi pourrait-on dire, au pays des riches acteurs hollywoodiens. On pilote une Ferrari, on dort dans la suite d'un grand hôtel à Milan, les filles sont toutes superbes et faciles. Mais à côté de ça, quel vide ! C'est là tout le sujet du film d'ailleurs, montrer la vacuité de l'existence de cet homme de 35 ans qui vit en vase clos, coupé du monde, comme enfermé dans une bulle que sa fille va peu à peu fissurer. Est-ce suffisant ? Pas sûr... Il ne se passe donc rien dans la vie de cet acteur, infantilisé à outrance, qui va où son agent lui dit d'aller, qui ne peut rien faire seul, à part dormir et se laver, qui ne semble n'avoir rien à dire si ça n'a pas été écrit dans un scénario. D'ailleurs, lui-même finit par se rendre compte qu'il n'est rien, une fois que sa fille est repartie. Quelle révélation !
Coppola a toujours aimé jouer sur les non-dits, la subtilité. C'est encore le cas ici, où la relation entre le père et la fille est à peine esquissée, par petites touches. D'ailleurs, lorsqu'il se décide enfin à lui dire quelque chose d'important, le son de sa voix est couvert par le bruit d'un hélicoptère (preuve de leur incommunicabilité). De la même manière, c'est lorsqu'ils ne se parlent pas qu'ils sont le plus proches, comme lors de cette jolie scène dans une piscine. Mais, à côté de ces quelques moments de légèreté, la réalisatrice nous assène aussi quelques leçons de psychologie grossière. La plus symbolique concerne la scène d'ouverture et la scène de fin. Au début, Johnny pilote sa voiture sur un circuit : il tourne en rond, comme dans sa vie. A la fin, toujours au volant de sa Ferrari, il file sur la route, des lignes droites, car désormais il avance, il a un but. Il finit même par descendre de sa voiture pour continuer à pieds, signifiant ainsi qu'il s'est affranchi de toute sa vie d'avant... Merci bien madame la psy, je vous dois combien ?!
Un film sur l'ennui doit-il être ennuyeux ? Pas nécessairement, mais celui-là l'est clairement.
Sofia Coppola, acte IV. Après Virgin Suicides, Lost in translation et Marie-Antoinette, la réalisatrice la plus branchée d'Hollywood nous livre son quatrième opus. Et à mon grand regret, c'est le plus mauvais. D'ailleurs, je me demande si je vais me déplacer pour le prochain, car plus ça va, moins ça va. J'avais adoré Virgin, beaucoup aimé Lost, moyennement aimé M-A, et là je me suis bien emmerdé pendant un peu plus d'1h30. Coppola filme l'ennui et nous ennuie, elle n'a rien à dire, et lorsqu'elle dit quelque chose, c'est grossièrement.
Alors certes, la musique (de son chéri Phoenix) est belle, l'image est belle, la vie est belle aussi pourrait-on dire, au pays des riches acteurs hollywoodiens. On pilote une Ferrari, on dort dans la suite d'un grand hôtel à Milan, les filles sont toutes superbes et faciles. Mais à côté de ça, quel vide ! C'est là tout le sujet du film d'ailleurs, montrer la vacuité de l'existence de cet homme de 35 ans qui vit en vase clos, coupé du monde, comme enfermé dans une bulle que sa fille va peu à peu fissurer. Est-ce suffisant ? Pas sûr... Il ne se passe donc rien dans la vie de cet acteur, infantilisé à outrance, qui va où son agent lui dit d'aller, qui ne peut rien faire seul, à part dormir et se laver, qui ne semble n'avoir rien à dire si ça n'a pas été écrit dans un scénario. D'ailleurs, lui-même finit par se rendre compte qu'il n'est rien, une fois que sa fille est repartie. Quelle révélation !
Coppola a toujours aimé jouer sur les non-dits, la subtilité. C'est encore le cas ici, où la relation entre le père et la fille est à peine esquissée, par petites touches. D'ailleurs, lorsqu'il se décide enfin à lui dire quelque chose d'important, le son de sa voix est couvert par le bruit d'un hélicoptère (preuve de leur incommunicabilité). De la même manière, c'est lorsqu'ils ne se parlent pas qu'ils sont le plus proches, comme lors de cette jolie scène dans une piscine. Mais, à côté de ces quelques moments de légèreté, la réalisatrice nous assène aussi quelques leçons de psychologie grossière. La plus symbolique concerne la scène d'ouverture et la scène de fin. Au début, Johnny pilote sa voiture sur un circuit : il tourne en rond, comme dans sa vie. A la fin, toujours au volant de sa Ferrari, il file sur la route, des lignes droites, car désormais il avance, il a un but. Il finit même par descendre de sa voiture pour continuer à pieds, signifiant ainsi qu'il s'est affranchi de toute sa vie d'avant... Merci bien madame la psy, je vous dois combien ?!
Un film sur l'ennui doit-il être ennuyeux ? Pas nécessairement, mais celui-là l'est clairement.
lundi 3 janvier 2011
Une année de cinéma
Avec la fin d'année (enfin plutôt le début) vient nécessairement l'heure des bilans. Voici donc les films qui m'ont le plus marqué en 2010, parmi ceux que j'ai vus bien sûr. Il m'arrive parfois d'en manquer...
Il est totalement autorisé, voire recommandé, de ne pas être d'accord avec moi !
Top 10 des coups de coeur :
1. Avatar (je sais, il est sorti en 2009, mais je ne l'ai vu qu'en 2010. Quel pied, tout simplement !)
2. Dragons (Ce n'est pas du Pixar mais c'est presque mieux que du Pixar)
3. Dans ses yeux (un petit bijou argentin)
4. Brothers (Un mélo qui ne sombre pas dans le mélo. Et puis Natalie ! Ah Natalie !)
5. A bout portant (il est rare qu'un film français me captive de la première à la dernière minute. Celui-là, c'est le cas)
6. The social Network (David Fincher réussit le tour de force de rendre passionnant un sujet pour le moins assommant)
7. The Ghostwriter (entre manipulation et trahison, Roman Polanski nous balade avec délectation)
8. Toy Story 3 (toujours plus beau, toujours plus fort, toujours plus émouvant, mais un poil moins drôle)
9. Gainsbourg (un parti pris esthétique fort, des acteurs parfaits, le mythe Gainsbourg décortiqué)
10. Esther (je n'ai jamais peur au cinéma mais là je dois bien avouer que j'ai ressenti quelques frissons)
Bonus tracks :
Agora
Coco et Igor
L'Arnacoeur
Kick-ass
L'Elite de brooklyn
The Town
Top 10 des coups de gueule :
1. Le Bruit des glaçons (les seuls moments drôles sont dans la bande-annonce. Pour le reste, quel ennui !)
2. Nine (Tout sonne faux, que les acteurs jouent ou chantent. Un ratage complet)
3. Piranha (Alexandre Aja se plante complètement, laissant la technologie prendre le pas sur le fond)
4. Tout ce qui brille (Un des succès surprises de l'année, mais je suis resté de glace et j'ai à peine ri)
5. Des Hommes et des Dieux (une belle histoire, poignante, qui n'est pas parvenue à m'émouvoir)
6. Un crime d'amour (Le dernier film d'Alain Corneau n'est pas son meilleur, loin de là. Ludivine Sagnier confirme qu'elle est une mauvaise actrice)
7. Invictus (Non, Clint Eastwood ne fait pas que des chefs d'oeuvre. Son film manque cruellement de souffle
alors qu'il raconte une véritable épopée sportive et humaine)
8. Alice au pays des merveilles (Tim Burton hésite sans cesse entre miévrerie à la Disney et son univers personnel, sans jamais choisir. Un film cul entre deux chaises)
9. Robin des bois (Gladiator à la sauce médiévale. Mais tout est moins bien)
10. Iron Man 2 (Quand le plus devient l'ennemi du mieux. Confère également Transformers 2)
Bonus tracks :
Hors de contrôle
Salt
Kaboom
Adèle Blanc-Sec
In the air
Tamara Drewe
Les inclassables :
Inception (j'ai aimé pour son univers et sa complexité, je n'ai pas aimé pour son maniérisme et sa complexité. Matrix a fait mieux dix ans plus tôt)
Les petits Mouchoirs (excellent film à la surface, collection de poncifs et de clichés en profondeur)
Shutter Island (j'ai fini le bouquin quelques semaines avant de voir le film, impossible de porter un jugement objectif)
Il est totalement autorisé, voire recommandé, de ne pas être d'accord avec moi !
Top 10 des coups de coeur :
1. Avatar (je sais, il est sorti en 2009, mais je ne l'ai vu qu'en 2010. Quel pied, tout simplement !)
2. Dragons (Ce n'est pas du Pixar mais c'est presque mieux que du Pixar)
3. Dans ses yeux (un petit bijou argentin)
4. Brothers (Un mélo qui ne sombre pas dans le mélo. Et puis Natalie ! Ah Natalie !)
5. A bout portant (il est rare qu'un film français me captive de la première à la dernière minute. Celui-là, c'est le cas)
6. The social Network (David Fincher réussit le tour de force de rendre passionnant un sujet pour le moins assommant)
7. The Ghostwriter (entre manipulation et trahison, Roman Polanski nous balade avec délectation)
8. Toy Story 3 (toujours plus beau, toujours plus fort, toujours plus émouvant, mais un poil moins drôle)
9. Gainsbourg (un parti pris esthétique fort, des acteurs parfaits, le mythe Gainsbourg décortiqué)
10. Esther (je n'ai jamais peur au cinéma mais là je dois bien avouer que j'ai ressenti quelques frissons)
Bonus tracks :
Agora
Coco et Igor
L'Arnacoeur
Kick-ass
L'Elite de brooklyn
The Town
Top 10 des coups de gueule :
1. Le Bruit des glaçons (les seuls moments drôles sont dans la bande-annonce. Pour le reste, quel ennui !)
2. Nine (Tout sonne faux, que les acteurs jouent ou chantent. Un ratage complet)
3. Piranha (Alexandre Aja se plante complètement, laissant la technologie prendre le pas sur le fond)
4. Tout ce qui brille (Un des succès surprises de l'année, mais je suis resté de glace et j'ai à peine ri)
5. Des Hommes et des Dieux (une belle histoire, poignante, qui n'est pas parvenue à m'émouvoir)
6. Un crime d'amour (Le dernier film d'Alain Corneau n'est pas son meilleur, loin de là. Ludivine Sagnier confirme qu'elle est une mauvaise actrice)
7. Invictus (Non, Clint Eastwood ne fait pas que des chefs d'oeuvre. Son film manque cruellement de souffle
alors qu'il raconte une véritable épopée sportive et humaine)
8. Alice au pays des merveilles (Tim Burton hésite sans cesse entre miévrerie à la Disney et son univers personnel, sans jamais choisir. Un film cul entre deux chaises)
9. Robin des bois (Gladiator à la sauce médiévale. Mais tout est moins bien)
10. Iron Man 2 (Quand le plus devient l'ennemi du mieux. Confère également Transformers 2)
Bonus tracks :
Hors de contrôle
Salt
Kaboom
Adèle Blanc-Sec
In the air
Tamara Drewe
Les inclassables :
Inception (j'ai aimé pour son univers et sa complexité, je n'ai pas aimé pour son maniérisme et sa complexité. Matrix a fait mieux dix ans plus tôt)
Les petits Mouchoirs (excellent film à la surface, collection de poncifs et de clichés en profondeur)
Shutter Island (j'ai fini le bouquin quelques semaines avant de voir le film, impossible de porter un jugement objectif)
mardi 14 décembre 2010
Si j'étais moins con...
Dans le pas trop mauvais "Le Coeur des hommes", un des quatre personnages, bourré, interpelle dans une scène ses trois potes en leur disant que dans la vie il était parfois utile de se poser une grande question : "Qu'est-ce que je ferais si j'étais moins con ?". Je suis assez d'accord avec lui, on devrait se poser cette question plus souvent, et surtout essayer d'agir en conséquence !
Alors, qu'est-ce que je ferais si j'étais moins con :
Je laisserais (parfois) les autres avoir le dernier mot
J'oserais plus
J'aurais plus confiance en moi
Je dirais parfois ce que je pense, quand je le pense, et parfois pas ce que je pense, quand je le pense
Je vivrais plus et mieux
J'aurais su garder les femmes que j'aimais
Je pardonnerais plus facilement à ceux qui m'ont offensé
Je ferais plus de bien et moins de mal
Je dirais je t'aime aux gens que j'aime
Je ne laisserais pas des conflits stupides foutre en l'air des amitiés
Je prendrais plus de risques, même au risque de me faire mal
Je serais moins cinglant, égoïste, timide, ermite, inquiet, peureux, menteur, orgueilleux, provocateur
Je n'aurais pas perdu certaines personnes qui ont compté dans ma vie
Je me prendrais moins la tête pour des conneries
Je réfléchirais moins, j'agirais plus
Je serais plus heureux, et plus serein, du moins j'espère...
Alors, qu'est-ce que je ferais si j'étais moins con :
Je laisserais (parfois) les autres avoir le dernier mot
J'oserais plus
J'aurais plus confiance en moi
Je dirais parfois ce que je pense, quand je le pense, et parfois pas ce que je pense, quand je le pense
Je vivrais plus et mieux
J'aurais su garder les femmes que j'aimais
Je pardonnerais plus facilement à ceux qui m'ont offensé
Je ferais plus de bien et moins de mal
Je dirais je t'aime aux gens que j'aime
Je ne laisserais pas des conflits stupides foutre en l'air des amitiés
Je prendrais plus de risques, même au risque de me faire mal
Je serais moins cinglant, égoïste, timide, ermite, inquiet, peureux, menteur, orgueilleux, provocateur
Je n'aurais pas perdu certaines personnes qui ont compté dans ma vie
Je me prendrais moins la tête pour des conneries
Je réfléchirais moins, j'agirais plus
Je serais plus heureux, et plus serein, du moins j'espère...
dimanche 5 décembre 2010
A bout portant
C'est l'histoire d'un mec, Samuel Pierret, aide-soignant dans un hôpital parisien, qui va voir sa vie basculer du jour au lendemain lorsque sa femme enceinte est kidnappée à son domicile, sous ses yeux. Contraint de faire sortir de son hôpital un gangster recherché par la police, il va débuter une course contre la montre entre flics et voyous pour sauver sa femme, au péril de sa vie.
Rares sont les films français qui parviennent à égaler les américains sur leur terrain de jeu préféré, l'action. Bon, ok, dans l'absolu, rares sont les films français qui parviennent à égaler les américains lorsqu'ils essayent de les copier, confère le récent "Simon Werner a disparu", pâle copie d'Elephant, ou Largo Winch, dramatique sous-James Bond. Mais là, je dois bien avouer que A bout portant remplit aisément son contrat, qui consiste en gros à vous scotcher à votre fauteuil pendant 1h30. Après quelques minutes d'exposition fort logiques, histoire de vous présenter les personnages et les bases de l'intrigue, le rythme décolle et ne ralentit pas un seul instant jusqu'à la fin. Et on sort du film comme le héros, essoufflé. C'est assez impressionnant, et surtout très plaisant à suivre. Comme l'a écrit l'un de mes camarades blogueurs, c'est aussi intense qu'un épisode de 24 heures chrono, le split screen en moins.
Certes, il y a ici et là quelques invraisemblances et facilités dans le scénario, mais on s'en rend à peine compte tant l'action et le suspense l'emportent sur tout le reste. Deux ans après "Pour elle", Fred Cavayé, dont la mise en scène au cordeau (notamment lors d'une très intense scène de poursuite dans le métro) est haletante et maîtrisée, confirme ainsi qu'il est un cinéaste à suivre. Côté casting, Gilles Lellouche, pour son premier "premier rôle", s'affirme dans un registre différent de ses précédentes apparitions de looser au grand coeur, genre "Ma vie en l'air" ou "les petits Mouchoirs". En homme ordinaire totalement dépassé par les événements mais qui va trouver en lui des ressources insoupçonnées, il est juste... totalement crédible. De l'action, des sentiments, du suspense, des flics ripoux, des gangsters pas si salauds. Mais que demande le peuple ? Quoi ? Vous êtes encore en train de me lire ? Mais vous devriez déjà avoir éteint votre ordinateur et être parti au cinéma...
Rares sont les films français qui parviennent à égaler les américains sur leur terrain de jeu préféré, l'action. Bon, ok, dans l'absolu, rares sont les films français qui parviennent à égaler les américains lorsqu'ils essayent de les copier, confère le récent "Simon Werner a disparu", pâle copie d'Elephant, ou Largo Winch, dramatique sous-James Bond. Mais là, je dois bien avouer que A bout portant remplit aisément son contrat, qui consiste en gros à vous scotcher à votre fauteuil pendant 1h30. Après quelques minutes d'exposition fort logiques, histoire de vous présenter les personnages et les bases de l'intrigue, le rythme décolle et ne ralentit pas un seul instant jusqu'à la fin. Et on sort du film comme le héros, essoufflé. C'est assez impressionnant, et surtout très plaisant à suivre. Comme l'a écrit l'un de mes camarades blogueurs, c'est aussi intense qu'un épisode de 24 heures chrono, le split screen en moins.
Certes, il y a ici et là quelques invraisemblances et facilités dans le scénario, mais on s'en rend à peine compte tant l'action et le suspense l'emportent sur tout le reste. Deux ans après "Pour elle", Fred Cavayé, dont la mise en scène au cordeau (notamment lors d'une très intense scène de poursuite dans le métro) est haletante et maîtrisée, confirme ainsi qu'il est un cinéaste à suivre. Côté casting, Gilles Lellouche, pour son premier "premier rôle", s'affirme dans un registre différent de ses précédentes apparitions de looser au grand coeur, genre "Ma vie en l'air" ou "les petits Mouchoirs". En homme ordinaire totalement dépassé par les événements mais qui va trouver en lui des ressources insoupçonnées, il est juste... totalement crédible. De l'action, des sentiments, du suspense, des flics ripoux, des gangsters pas si salauds. Mais que demande le peuple ? Quoi ? Vous êtes encore en train de me lire ? Mais vous devriez déjà avoir éteint votre ordinateur et être parti au cinéma...
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